«Ti’Punch Molotov» et «Camo» – 193 Gallery

Avec leur solo show, le street artiste d’origine guadeloupéenne, Jean-Marc Hunt, et la photographe kényane, Thandiwe Muriu, nous emportent dans un autre lieu et nous saisissent par leur discours très personnel.

Texte de Adèle BARI

Un pas posé à l’intérieur de la galerie, et l’univers street art de Jean-Marc Hunt nous frappe. Entre abstraction et figuration, les œuvres – parfois violentes – sont une explosion de couleurs, de matières, de messages. Les tableaux sont recouverts de mots inscrits au stylo, d’épaisseurs d’acrylique, d’éclats de noir, de couches grattées à la main, de transparence… Dans la spontanéité, le street artiste, né en 1975 à Strasbourg, d’origine guadeloupéenne, semble cracher ce qu’il a de plus profond en lui. « Toutes les œuvres sont des messages sociaux, notamment concernant la colonisation et l’esclavage », nous explique Valeria Contarino, assistante de galerie. Il dénonce le plus souvent les minorités antillaises, les pratiques sociales liées à la créolisation, et évoque même le terme de « néocolonialisme ». Le tout, dans un « rhume arrangé », composé de différentes séries – son solo show s’intitulant « Ti’Punch Molotov ».

Un discours très engagé surgit alors des œuvres, par le dessin… et l’écriture. « Jean-Marc Hunt est dislecsique, il écrit à l’envers, et il le montre, il ne le cache pas ». Le E est inversé et sa langue, bien française, s’apparente à un dialecte vaudou. Il nous faut donc un temps de concentration pour lire à travers les mots griffonnés. Les titres, eux-mêmes, sont d’ailleurs inscrits sur certaines peintures, comme « Origin », dilué entre les substances. Juste à gauche, notre regard bascule sur « Canari », de la même série : « Jardin Créole ». « Jean-Marc Hunt s’est inspiré de son jardin en Guadeloupe, où il vit, pour parler d’amour et de création, rapporte Valeria, avant de poursuivre, en créole, on emploie l’expression laplisiTol, qui signifie la création, la reproduction humaine. »

Sur ces deux productions, des casseroles sont ébauchées et témoignent de cette période de création. Ces ustensiles évoquent la pluie, qui s’y loge à l’intérieur, et les couples, eux, profitent du mauvais temps pour créer des enfants. Mais, l’harmonie semble encore une fois perturbée par l’apparence chronique du noir…

« Camo » : la beauté africaine 

En passant le long d’œuvres d’autres artistes internationaux – comme cette statue de Pinocchio, réalisée par le cubain Esterio Segura – Valeria nous invite à prendre l’escalier d’origine de l’ancienne orfèvrerie. Une fois à l’étage, une ambiance très enjouée nous est partagée par la photographe kényane, Thandiwe Muriu. « Lorsqu’elle était jeune, elle aimait beaucoup la mode, mais elle s’est rendue compte qu’il y avait très peu de mannequins africaines. En grandissant, elle s’est donc enagagée à représenter la beauté de la femme noire. » Les expressions des modèles sont spontanées, joyeuses, souriantes. Leur grain de peau est naturel, sans retouches, et leurs coiffures, hyper élaborées. Des objets viennent également styliser les costumes. Des pailles, des moules à cake ou des éponges se transforment en lunettes. Ou encore, une passoire en guise de chapeau. Les vêtements en tissus wax, eux, se fondent dans le décor du même motif, comme un effet d’optique, très jovial.

L’expression artistique s’est visiblement apaisée entre le rez-de-chaussée et l’étage… Mais, derrière ces photographies, se cachent aussi des messages forts. L’artiste réinterroge la place de la femme noire parmi les standards de beauté. Elle s’engage également, par l’utilisation du recyclage, à représenter une population souvent dépourvue de moyens. Quant au tissu wax, il a été choisi pour son histoire : « Ce type de tissu n’est pas du tout fabriqué en Afrique. Mais souvent aux Pays-Bas ou en Indonésie, avant d’être vendus au marché africain », nous partage Valeria. Ces clichés nous ouvrent l’esprit sur une autre vision de la mode, du luxe et de son industrie. Avec, en bonus, un tour d’horizon de la culture kenyane ultra festive.

Thandiwe Muriu Camo

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Jean-Marc Hunt – Twit Twit

Les deux solo shows sont à découvrir jusqu’au 31 juillet à la 193 Gallery, au 24 rue Béranger, dans le 3ème arrondissement de Paris, ainsi que sur l’Application Art is Heart
« Camo » de Thandiwe Muriu
« Ti’Punch Molotov »de Jean-Marc Hunt

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