«Double Sens» - Galerie Sator

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Les peintres, Nazanin Pouyandeh et Stéphane Pencréac’h, liés d’amitié, mettent en dialogue leurs oeuvres figuratives dans une exposition à multiples sens de lecture. 

Texte de Adèle BARI

Des corps dévêtus, nus ou cachés par des sculptures africaines… Des visages pensifs, amoureux ou désireux du corps de l’autre… Du jeu, de l’amitié, de l’érotisme, de l’amour, de la guerre… Les peintres se regardent et se répondent dans cette mise en scène parallèle, construite de tendresse, le plus souvent perturbée par la menace d’une ombre, du feu, de la fuite, la lutte ou la triche. «Le lien entre les deux artistes, ici, est le rapport à l’histoire de l’art, la réappropriation culturelle et les problèmes d’instinct primaire de l’homme, présentés par chacun à sa manière», nous explique Lise Traino, directrice de la galerie avec Charlène Fustier. 

La visite se construit le long de trois murs, par un accrochage en vis-à-vis des œuvres des deux artistes. Celui de gauche recouvre celles de la peintre iranienne de 39 ans, Nazanin Pouyandeh.  «Elle est arrivée à Paris avec une bourse, à l’âge de 18 ans, et c’est là qu’elle a vécu un choc culturel par les images, témoigne la galeriste, avant de poursuivre, elle a ensuite souhaité apprendre à en créer et pouvoir transposer ses visions entêtantes sur toile.» Dans son travail, ultra coloré, elle se réapproprie la mythologie, les symboles et l’histoire de différentes cultures, comme à travers cette huile sur toile, intitulée Gabbeh – ces traditionnels tapis persans. Pour ce tableau, elle s’est également inspirée des portraits béninois, avec la représentation du tissu wax et de statues africaines, devant lesquels une femme de peau blanche est étendue sur un divan. Puis, l’artiste perturbe son image par ces iconographies érotiques d’origine japonaise.

 

 

Nazanin-Pouyandeh – LES LUTTEURS – 92 x 73 cm – Huile-sur-toile

Juste en face, le peintre français de 51 ans, Stéphane Pencréac’h, joue avec le clair-obscur. Il peint sur du bois et fait nettement ressortir le rouge et le noir. Sur trois tableaux disposés côte à côte, il met en lumière le rapport au jeu : jeu de cartes, d’échecs et de dames – ce dernier, dans un subtil jeu de mots. Puis, il menace lui aussi ses scènes d’amitié, d’amour et de sexe par la présence d’éléments inquiétants. Sur le premier de ce triptyque, intitulé Les tricheurs 1, un couple d’amis semble être mis en danger par l’ombre d’un loup et d’une silhouette humaine. Sur le deuxième, les deux personnages sont observés par une réinterprétation de La méduse, du Caravage. Et le troisième, par un félin, survolant à l’envers la scène érotique. 

 

Stephane Pencreac’h – Les Tricheurs 2, 114 x 146 cm – Huile sur bois, 2021

Au croisement des oeuvres 

«Ce mur est plus particulier, puisque ces deux œuvres sont le portrait des deux artistes qui se sont peints», nous confie la galeriste, en nous invitant à rejoindre le mur perpendiculaire aux deux autres. Stéphane Pencréac’h est représenté sur une toile au format paysage dans son atelier personnel, de dos et en jean, nous laissant découvrir son tatouage de la Méduse reliant ses omoplates. Une cigarette à la main, il réinterprète le Déjeuner sur l’herbe, d’Édouard Manet, en remplaçant les vrais personnages par un couple d’amis. «Nazanin a représenté d’autres couples un peu particualiers en reproduisant des oeuvres classiques dans son tableau, comme cette scène de viol peint par Jean-Honoré Fragonnard.» Au loin, on aperçoit également, à nouveau, la création du Caravage…

Nazanin Pouyandeh, elle, est peinte sur un format portrait, très sobre, inspiré des années 1930. «Sur cette peinture, il y a uniquement elle et aucun élément dérangeant. L’artiste a décidé de mettre en avant sa féminité et son regard qui, justement, ne nous regarde pas. Il avait également employé le terme ‘vénéneux’ pour la décrire, pas dans le sens négatif, mais pour évoquer une forte personnalité.» La peintre est assise sur une chaise recouverte d’une couverture, posée sur un tapis devant un fond noir. Elle porte une robe, du rouge à lèvres et un vernis à ongles bleu.

Nazanin Pouyandeh- Les deux amis – Huile sur toile – 130-x-162-cm

Low_Stephane-Pencreac'h--Stateira,-114-x-146-cm-huile-sur-bois-,-2021

Stephane Pencreac’h – Stateira, 114 x 146 cm – Huile sur bois, 2021

L’exposition se clôture finalement ainsi, avec le croisement des deux peintres, représentés mutuellement tels qu’ils se voient. Quant aux autres œuvres, elles semblent dépeindre une société contemporaine menacée et peuplée d’Hommes aux multiples désirs. Une autre réussite de cette mise en dialogue : la multiplication des sens possibles de lecture des images.

 

L’exposition est à découvrir jusqu’au 24 juillet, à la Galerie Sator, au 43 rue de la commune de Paris, à Romainville et sur l’Application Art is Heart.

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