Galerie Eric Dupont, Tahmineh Monzavi « A self Torn Apart »

La galerie Éric Dupont met à l’honneur Tahmineh Monzavi, photographe documentaire iranienne, à travers l’exposition “a Self Torn Apart.” Très portée sur les inégalités sociales, elle met en lumière les oubliés de la société iranienne dans une série de photographies engagées.

Tina, 30x 40, Tahmineh Monzavi, © Galerie Eric Dupont

Texte de Joanne Bourdin

Très tôt, Tahmineh Monzavi, se refuse à perpétuer les codes sociaux qu’on lui impose. Que ce soit à travers sa condition de femme ou de photographe, l’artiste entreprend des séries de photographies sur les « contradictions sociales », des sujets qui se déroulent dans le secret et sont non officiels à Téhéran, en Iran. Pauvreté, drogue, désastres environnementaux ou encore prostitution, elle raconte le quotidien de ces individus laissés pour compte.

Son travail suit une double direction, les populations dans les villes, recluses et cachées par le gouvernement, (série Tina ; Grape Garden Alley ) et ce qui se passe autour, notamment dans des zones plus désertiques, illustrées par les séries Lutte et celle des Afro Iranians.

Une démarche d’intégration

Dans n’importe quelle série qu’elle va réaliser, Tahmineh Monzavi fait le choix de suivre les personnes dans leurs quotidiens pendant parfois plusieurs années. L’exemple le plus concret est celui de la série Tina. L’artiste a suivi Tina au fil des évènements de sa vie, et ce pendant plus de 10 ans.

Tina, 30x 40, Tahmineh Monzavi, © Galerie Eric Dupont

En tant que femme transgenre, Tina grandit dans la violence. Elle fait les frais d’une famille qui l’a abandonnée, d’une société qui ne veut pas d’elle, et sombre dans la drogue et la prostitution.

« Certaines personnes sont des hommes, d’autres des femmes, d’autres encore sont comme moi. Pourquoi devrait-il y avoir une différence entre les gens ? » a dit Tina après avoir été agressée dans la rue. © Tahmineh Monzavi, Galerie Eric Dupont

À travers la série de photo, on suit la vie de cette femme, cachée aux yeux du monde au prix de sa différence.

Tina, 30×45, Tahmineh Monzavi © 193 Gallery

Tina a rejoint un centre pour les femmes sans-abri, au sud de Téhéran. Tahmineh Monzavi entreprend alors une série de portraits de ces femmes marginalisées, Grape Garden Alley, mettant un visage sur leurs histoires.

Grape Garden Alley, 50×75, Tahmineh Monzavi © Galerie Eric Dupont

Grape Garden Alley, 30×40, Tahmineh Monzavi © Galerie Eric Dupont

« J’essaie également de montrer la violence, qui fait beaucoup plus de victimes parmi les femmes, en partie à cause de leur place dans la société et de leurs familles. Je sens et crois fermement que ces femmes essaient d’être fortes, mais la façon dont elles sont traitées les rend souvent faibles et fragiles.» © Tahmineh Monzavi, Actuphoto

Après la publication de ce travail aux éditions Loco, la photographe est arrêtée par les autorités iraniennes. Le directeur des éditions Loco stipule que les charges retenues contre elle ne sont pas clairement indiquées. La photographie faisant partie des arts plastiques, elle est soumise à la censure. Elle reste en prison pendant un mois.

De son traumatisme né une création audiovisuelle, Oxys in Black and White  qu’elle réalise dès sa sortie de prison. Ce travail vidéo est un des plus abstraits et déroutants de toutes ses séries confondues.

Oxys in Black and White, Tahmineh Monzavi © Art is Heart

« Elle a imaginé pendant la prison qu’elle était enceinte, comme si le fait de faire grandir un enfant pouvait lui donner une sorte de prétexte à la survie et à la solitude. Elle fait référence à un conte populaire iranien, la légende du Moul »  nous explique Naomi Rubin, assistante à la galerie Eric Dupont.

Le Moul est un conte populaire d’Ispahan, qui terrorise les femmes enceintes et les familles. D’après la légende, il est possible de tomber enceinte d’un Moul, une créature ressemblant à un rat ou un lézard avec une tête d’enfant. Après sa naissance, le monstre doit être immédiatement tué et enterré. Dans Oxys in Black and White, Tahmineh Manzavi fait référence à ce conte en imaginant une grossesse qui survient après son séjour en prison, synonyme de malheur et de désespoir.

« C’est plus de l’ordre du photoreportage que du militantisme » Naomi Rubin

Dans la série Afro-Iranians, Tahmineh Manzavi accompagne des populations africaine-iranienne, connues sous le nom de zangis, dans leurs quotidiens au Sistan et au Baloutchistan. Elle se concentre sur la place des femmes, leurs rôles sociaux et étudie leurs traditions.

Afro-Iranians, 22,5×30, Tahmineh Monzavi © Galerie Eric Dupont

« À travers mes images, j’essaie de montrer deux thèmes majeurs. Premièrement, comment ces femmes sont restées isolées du développement du système étatique moderne et, deuxièmement, comment elles ont conservé leurs pratiques culturelles tout en s’adaptant au nouvel environnement de la diaspora » (© Tahmineh Monzavi, Galerie eric dupont)

Elle photographie non seulement des gens, mais aussi des processus sociaux, des histoires à raconter, des changements environnementaux. Par exemple, sur cette œuvre « A life in front of you », elle illustre le lac Hamoun, autrefois plus grand lac d’eau douce d’Iran.  

A life in front of you, 60×220, Tahmineh Monzavi © Galerie Eric Dupont

Depuis que l’Afghanistan a construit des barrages autour, le lac souffre de sécheresse et s’assèche peu à peu. Principale source d’eau de plusieurs communautés, ces dernières doivent migrer en fonction des changements climatiques.  « Il n’y a pas de personnes sur cette photo, mais ça raconte l’histoire de ce lac, qui a fini complètement asséché et qui a laissé pour compte toutes les populations qui vivent autour. » nous précise Naomi Rubin, assistante de la galerie Eric Dupont.

Véritable coup de cœur de la rédaction d’Art is Heart, l’exposition A Self Torn Apart ne vous laissera pas indemne ! Le travail remarquable de Tahmineh Monzavi est toujours exposé à la galerie Eric Dupont jusqu’au 22 juillet 2022. 

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