« Peines perdues », Camille Benarab Lopez - Galerie Chloé Salgado

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Qu’est-on sans sa famille ? Rien.

Camille Benarab Lopez l’a bien compris.

Son œuvre, emplie d’histoire et de tendresse, puise ses sources dans l’album photo familial. La dimension du foyer y est ici récurrente. C’est avec tendresse et passion qu’elle manipule les images pour se les réapproprier. Plongeons dans l’Espagne populaire des années 1970, avec les yeux de Camille Benarab Lopez. 

Texte de Zena Serhal

Après avoir sélectionné les images, l’artiste les numérise, les scanne, les photocopie de mille et une façons, pour ensuite y ajouter différents effets : négatif, agrandissement, modification, altération… Pour un résultat énigmatique qui invite le spectateur à questionner ce qu’il voit. À travers l’exposition, on déambule entre un flacon de parfum, un miroir, un petit mot de mamie, une écharpe, un vase…

Des frères et des soeurs inconnus jusqu’alors, Camille Benarab-Lopez, 2021 – Photo Gregory Copitet © GALERIE CHLOE SALGADO

 

« Gabi pones las llaves donde tu saves » (« Gabi, poses les clés là où tu sais »).

Ce petit mot, laissé par ses grands-parents alimente le mystère. L’œuvre nous donne à explorer l’intérieur de la photo, où on y découvre, comme par un jeu de cache-cache, des objets disposés çà et là, comme une boite à secrets. L’appartement familial s’y confond en patchwork sur un décor de catalogue de design italien des années 1970, qui contraste avec le mobilier assez modeste des Lopez.

Peines perdues, Camille Benarab-Lopez, 2021 – Photo Gregory Copitet © GALERIE CHLOE SALGADO

 

La famille cache toujours des choses. Même en y réfléchissant bien, on ne peut et ne pourra jamais tout savoir sur notre famille. Camille a choisi de laisser planer ce mystère. La réponse ? À nous de l’imaginer.

Camille Benarab Lopez réfléchit aux formes et structures qu’elle utilise pour faire dialoguer les images entre elles. Acier, plâtre, sculptures, images d’archives et captures d’écran se confondent en un foyer familial, lourd de secrets et d’histoire.

On déambule dans la maison familiale, entre un meuble de salle de bain, un miroir, un paravent, une étagère, encore une autre, une bibliothèque, quelques objets, un rideau de douche.

 

Paravent, Camille Benarab-Lopez, 2021 – 185×110 x 75cm © GALERIE CHLOE SALGADO

 

Main basilique, Camille Benarab-Lopez, 2021 – Photo Gregory Copitet © GALERIE CHLOE SALGADO

 

Deux photos d’arbres agrandies dans une impression résinée donnent sa matérialité à la pièce : ces effets d’altération de la matière à certains endroits avec une sérigraphie par-dessus un détail inspiré de la renaissance flamande, autre motif récurrent dans l’œuvre de Camille. Une main tourne les pages d’un herbier. Grâce à la double épaisseur du polycarbonate alvéolaire, elle imprime en premier les détails du tableau qui permettent un jeu de transparence et de profondeur énigmatique.

Le cadre en acier fait partie intégrante de la pratique artistique de Camille, qui s’apparente à la fenêtre, à la fois une entrée et une sortie à l’intérieur de l’histoire des Lopez. La fenêtre continue son œuvre et laisse libre cours à notre imagination. Cependant, elle choisit de ne les représenter qu’à travers le décor de la maison. Pas de rencontre avec les Lopez, donc.

 

Manques à combler, Camille Benarab-Lopez, 2021 – Photo Gregory Copitet © GALERIE CHLOE SALGADO

 

En préférant manipuler le plâtre, elle donne ainsi une nouvelle matérialité aux objets figurés sur les étagères et en tant que décoration murale. Les objets redeviennent alors des images et les images redeviennent des objets.

À travers cette collection, Camille Benarab Lopez nous montre comment chérir et conserver ces petits objets : telle ou telle composition, les accrocher au mur, les poser sur une étagère, les ranger dans un meuble…

 

 

Étés fictifs, Camille Benarab-Lopez, 2021 – Photo Gregory Copitet © GALERIE CHLOE SALGADO

 

« Peines perdues » de Camille Benarab Lopez, du 17 novembre 2021 au 18 décembre 2021, à la galerie Chloé Salgado, 61 Rue de Saintonge, Paris 3e.

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